Interview de Monique Giroud
P résidente de la Fédération Française des Usagers de la Bicyclette.
Journal Libération le 10 mars 2004

Faire passer l'usage de la byciclette de 5% aujourd'hui à 10% en 2010: c'est ce que préconise un rapport parlementaire, remis mardi ( 09 mars 2004 ) au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin par la député-maire UMP de Caen Brigitte Le Brethon, qui conseille la création d'une mission interministérielle avec à sa tête un «Monsieur ou Madame Vélo».
Monique Giroud, présidente de la Fédération française des usagers de la bicyclette (Fubicy, qui a été consultée lors de l'élaboration du rapport), revient sur le texte.

Interview par GS

Quelles propositions nouvelles constituent selon vous une véritable avancée?
A nos yeux, cinq mesures sont prioritaires. D'abord, encourager le partage de la rue —concrétement, réduire la place des voitures— et multiplier les zones 30 (où s'applique une limitation de vitesse à 30 km/heure, contre 50 en ville). Puis veiller à la continuité des itinéraires cyclables, un véritable casse-tête dans les zones à cheval sur plusieurs départements ou communes. Ensuite, nous demandons l'application de quotas de stationnement dans les nouvelles constructions ou les établissements publics.

Il faut aussi privilégier les «plans de déplacements d'entreprises»: remboursement de tout ou partie de l'abonnement aux transports en commun, indemnités kilométriques pour ceux qui choisissent de se rendre au travail à vélo, incitations fiscales... Des mesures similaires ont déjà été prises en Belgique, en Norvège et au Canada. Enfin, il importe de lutter contre le vol de vélo par des amménagements dans les garages, le marquage des vélos et la création d'un fichier à partir du moment où il y a déclaration de vol. D'ailleurs, les fabricants de cycles sont d'ores et déjà prêts à satisfaire à ce dernier point pour les vélos neufs.

Votre combat avance...
Non et c'est décevant, surtout quand le contexte, ce qui est le cas, est favorable. Nous avons cependant affaire à forte partie, croyez-moi. J'ai notamment eu vent d'un rapport circulant au ministère de l'Equipement, qui vise à démontrer que le développement de la pratique du vélo augmente le nombre de tués sur les routes. Nous disposons pourtant de chiffres démontrant le contraire. La Fubicy dispose d'une étude du service des Déplacements de la ville suisse de Berne, qui montre que l'augmentation du nombre de déplacements faits à vélo n'augmente pas le nombre d'accidents à vélo (1): les automobilistes accroissent leur vigilance et diminuent leur vitesse.

N'avez-vous pas noté des progrès, tout de même, ces dernières années?

Si, un progrès très indirect: l'obligation qui est faite aux collectivités de définir une stratégie d'organisation de l'ensemble des déplacements, depuis 1996 dans les textes et 2001 dans les faits. La limitation de l'usage de la voiture est désormais dans la loi. Ce qui nous a permis de faire des recours dans certaines villes — Lille, Valence, Douai par exemple — et de faire amender des projets d'amménagement ou quelques dispositions des plans de déplacements. L'aspect «transport à vélo» est systématiquement abordé, dans les campagnes électorales, surtout s'il s'agit d'un scrutin local. Franchement, aucun élu ne peut désormais se permettre de prendre ça à la légère.
(1) 250 morts environ en 2003
     
http://www.liberation.fr/page.php?Article=185024

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