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Actualités 1999 : le Pays 23 septembre

Une demi-heure sans voiture

Audincourt aurait sans doute pu faire mieux qu'un court défilé de deux-roues et autres véhicules non polluants, hier dans son centre-ville. Mais l'important était de faire passer le message d'une alternative possible au tout-voiture.

« PRENDRE son vélo aujourd'hui et circuler en vile à Audincourt, c'est jouer avec sa vie », dit une dame, catégorique. Raison de plus pour oser s'associer à l'opération « sans voiture »... Ou presque. Audincourt ne s'est pas inscrite dans la journée nationale parmi les 66 villes françaises participantes, hier mercredi. Le maire Martial Bourquin a préféré une action en douceur, sous la forme d'une parade non-polluante avec vélos, piétons, trottinettes, triporteurs, rollers ou autres véhicules électriques. « Nous voulions marquer le coup, explique-t-il. Il n'y a pas que l'auto comme moyen de transport et les vélos, les bus ou les piétons doivent aussi pouvoir s'exprimer au pays de la voiture. Ce n'est pas antinomique puisqu'à La Rochelle, Peugeot a soutenu une initiative de ce type. Agir pour l'environnement, ce n'est pas agir contre la voiture. »

« ROULER PEINARD »

Toujours est-il que la municipalité audincourtoise s'est refusée à bloquer totalement le centre-ville, lieu stratégique du transit à la jonction des vallées du Gland et du Doubs. Pour le défilé, la brigade VTT Police ouvre la voie. Une centaine de personnes, des plus jeunes au plus âgées, sont présentes, parfois avec leur slogan bien visible : « Zéro piste cyclable à Audincourt », ou encore «Pédaler c'est s'aérer», « A vélo dans la ville, on dépasse les autos ». Tiens, c'est vrai ça ? Anne Ghemard, proviseur du lycée Fernand Léger et membre de VéloCITÉ, confirme : « Le vélo, c'est plus rapide et plus facile, dit-elle. Sortir l'auto du garage prend plus de temps, surtout si l'on n'a que 3 km à faire. Et puis, c'est tellement plus agréable ». Oui mais, en hiver ? « Il suffit de mettre des gants. L'important est de ne pas avoir envie d'aller trop vite, rouler peinard ». Et pour les longues distances ? « J'ai ma voiture, sinon je prends le train. Au volant, on ne peut rien faire ou juste écouter l'autoradio. En train, je peux bouquiner et travailler. Hier je me suis rendue à Paris en train, pour participer à un colloque "train et vélo" justement ». Et alors ? « En France, tout semble compliqué mais les Allemands et les Danois ont expliqué leur politique train et vélo et, pour eux, tout est évident. A Copenhague, on trouve 33 000 places de parking pour les vélos ! En voiture, on se sent autonome car on va là où on veut aller. Mais si train et vélo fonctionnent ensemble, on agrandit la zone d'attraction d'une gare. Des parkings efficaces avec de hauts arceaux pour attacher son vélo, c'est ce qui manque ici. Les commerçants de proximité auraient tout à y gagner ».

PREMIER PAS

Pour Anne Ghemard, cette première opération audincourtoise est un bon début. « Si l'on abuse de l'auto, on en mourra, conclut-elle. Il suffit d'avoir d'autres réflexes lorsqu'on veut se déplacer ». Adjointe à l'environnement, Agnès Petit-Prêtre aurait préféré une « vraie » journée sans voiture, avec un centre-ville sans pot d'échappement. D'après elle, « l'initiative sera plus forte l'an prochain ». Martial Bourquin espère du même coup inaugurer une première piste cyclable digne de ce nom dans le secteur des Forges, tout en souhaitant que cette façon de voir la ville soit, demain, partagée à l'échelle du district. Pour la municipalité audincourtoise, voir la ville autrement passe forcément par le vélo et des moyens de transport moins polluants.

Thierry BOILLOT, Le Pays

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